Du génie écologique au Végétal local

-A +A
Version imprimableSend by emailPDF version
Externe au réseau

Du génie écologique au Végétal local 

AGIR écologique est une entreprise spécialisée dans les études et opérations de génie écologique.

Pourquoi récolter et produire du Végétal local ?
Nous sommes basés en zone méditerranéenne et pour nos chantiers, nous avions des difficultés à trouver des végétaux d’origines locales. On voit passer beaucoup de projets de verdissement et de stabilisation avec le même mélange standard, composé de semences exogènes qui n’ont aucune relation avec les espèces qu’on trouve dans les milieux environnant. C’est pour soutenir le développement de la filière et pour répondre à des chantiers concrets que nous avons candidaté. En complément des études, et des chantiers que nous suivons, nous souhaitions aussi faire une action concrète en récoltant et en cultivant des espèces locales ayant un intérêt écologique. Nous récoltons et produisons 5 espèces attributaires de la marque Végétal local depuis 2016 : l’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia), la Céphalaire blanche (Cephalaria leucantha),  la Badasse (Dorycnium pentaphyllum), le Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) et le Ciste blanc (Cistus albidus).
Certaines espèces ont été choisies pour leur spécificité écologique, comme par exemple :
- L’Aristoloche pistoloche est la plante-hôte de la Proserpine (Zerynthia rumina), papillon protégé des garrigues méditerranéennes ;
- La Badasse est, entres autres, la plante-hôte de la Zygène cendrée (Zygaena rhadamanthus), papillon protégé ;
- La Céphalaire blanche est l’une des principales plantes-hôtes du Damier de la Succise (Euphydryas aurina provincialis), papillon protégé au niveau national et d’intérêt communautaire.

En conséquence, l’intégration de ces plantes dans les projets de réaménagement permet ainsi la création d’habitats de substitution d’espèce protégée.

Photo : Mise en culture de Romarin officinale - Crédit : Agir-écologique

Dans quelles situations recommandez-vous ces espèces ?
Sur des chantiers de restauration écologique comme par exemple des revégétalisations de carrières après exploitation, ou des travaux de remise en état après mise en souterrain de canalisations ou autres projets ayant induit un décapage de la terre de surface.Végétal local permet d’intégrer la restauration de la parcelle aux milieux naturels, de se rapprocher des formations végétales existantes. En utilisant des semences et plants d’origine locale, elles sont plus adaptées aux conditions locales (substrat, température, sécheresse,…). Les objectifs sont aussi de limiter l’entretien (pas arrosage, pas de compléments de plantation,...) et de favoriser l’autogestion du milieu. En zone méditerranéenne, les végétaux qui viennent d’Allemagne ne supportent pas toujours la sécheresse et ceux qui viennent d’Espagne ne supportent pas le gel.

Photo : Plantation Aristoloche pistoloche en milieu naturel. Crédit : Agir Ecologique

Avez-vous rencontré des difficultés techniques ?
En tant qu’écologues, s’approprier le référentiel technique, identifier des sites de collecte en milieu naturel ont été des étapes assez simples. Mais cultiver des plantes sauvages est plus complexe et nous avons eu des échecs avec certaines espèces. Les espèces sauvages n’ont pas les mêmes taux de reprise que certains plants-mère historiquement performants. Nous n’étions pas pépiniéristes à la base mais avec l’expérience nous progressons chaque année. Nous souhaitons avant tout pouvoir fournir des végétaux pour les chantiers suivis et réalisés dans le cadre des activités de l’entreprise.

Quelles recommandations feriez-vous aux prescripteurs ?
Végétal local est une filière qui démarre et pour la plupart de chantiers, on ne peut pas avoir 100 % de végétaux sous la marque Végétal local (peu de fournisseurs, certaines espèces non disponibles,...). Nous recommandons d’intégrer dans un CCTP un pourcentage réaliste de Végétal local pour soutenir la filière. Le problème est que les prescripteurs nous sollicitent souvent au dernier moment pour de grosses quantités de plants, des plants âgés et pour des espèces qui ne sont pas toujours adaptées, ni multipliables. Paysagistes, écologues et producteurs doivent dialoguer pour travailler sur le développement de gammes Végétal local. Si les commandes sont anticipées, nous recommandons de faire des contrats de cultures pour adapter la palette végétale en cohérence avec les milieux adjacents. Il faudrait aussi ré-évaluer les budgets « fournitures végétales » qui ne représentent finalement qu’une faible part des chantiers. Vu les exigences de traçabilité, un producteur ne peut pas répondre avec les critères Végétal local aux même prix que des productions horticoles classiques. Ce ne sont pas les mêmes produits en termes de biodiversité.

Propos recueillis en Novembre 2018 par Sandra Malaval (CBN PMP) et Lara Dixon (CBN Med) auprès de Pascal Auda et Vincent Rivière (Co-dirigeants de Agir écologique)

Dates de l'événement : 
Mardi, 3 Septembre, 2019 - 16:30